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Scribe

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Portrait de Jean Miélot (1420-1472), secrétaire du duc Philippe III de Bourgogne, dans son scriptorium[1].

Un scribe est, au sens historique, une personne qui pratique l'écriture. Son activité consiste à écrire à la main des textes administratifs, religieux et juridiques ou des documents privés, et à en faire des copies. Il peut alors être assimilé à un copiste ou à un écrivain public.

Des scribes ont existé dans plusieurs civilisations :

Le scribe dans l'Histoire

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Palette d’un scribe de l'Égypte antique avec cinq cavités pour les pigments et quatre stylets.

La profession de scribe apparaît pour la première fois en Mésopotamie. Les scribes ont contribué de manière fondamentale aux cultures anciennes et médiévales, notamment l'Égypte, la Chine, l'Inde, la Perse, l'Empire romain et l'Europe médiévale. Le judaïsme, le bouddhisme et l'islam possèdent d'importantes traditions scribales. Les scribes ont été essentiels dans ces cultures pour la préservation des codes juridiques, des textes religieux, ainsi que de la littérature artistique et didactique. Dans certaines cultures, les fonctions sociales du scribe et du calligraphe se chevauchent, mais l'accent dans l'écrit d'un scribe est porté sur l'exactitude, tandis que la calligraphie vise à exprimer les qualités esthétiques de l'écriture indépendamment de son contenu[3].

Autrefois une figure importante des cultures littéraires, les scribes ont perdu la majeure partie de leur importance et de leur statut social avec l'avènement de l'imprimerie. La profession, généralement moins prestigieuse, d’écrivain public est restée importante pour la copie et la rédaction de documents juridiques et autres. Dans les sociétés à faible taux d'alphabétisation, on peut encore trouver des écrivains publics aux coins de rue (et des lecteurs) à fournir des services de scribe.

Les scribae de la Rome antique

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Dans la Rome antique, le scriba (Latin; pl. : Scribae) était un notaire public ou greffier. Les scribae étaient les assistants des magistrats romains. Au service des magistrats de Rome et des cités, ou encore d’associations, ces scribae, chargés de tâches de comptabilité, d’écriture et d’archivage, possédaient une compétence qui leur conférait un statut et un pouvoir reconnus[4].

Les scribes publics de Rome étaient les plus hauts placés dans la hiérarchie des postes des appariteurs romains (apparitores). Dans l’ordre les scribae ; suivis des lictores, licteurs ; des  viatores, messagers, c’est-à-dire des agents en mission officielle ; et enfin les praecones, annonceurs ou hérauts.

En dépit du lien indissoluble avec l’autorité des magistrats romains, le rôle des scribae dans les procédures d’enregistrement, de contrôle ou d’authentification les distinguait des simples copistes (les librarii) et leur conférait un pouvoir qui était aussi un capital culturel. Ils furent ainsi « l’incarnation de la culture documentaire » de Rome[4].

À Rome, les scribae travaillaient pour l'Ærarium, le trésor public romain, et pour les archives gouvernementales. Parmi les tâches du scriba figurait l'enregistrement des serments sur des tablettes publiques.

À la fin du IVe siècle avant notre ère, la fonction offrait plusieurs avantages, notamment une connaissance du droit romain et la capacité d'échanger des faveurs pouvant être transformées en capital politique. En 305 avant notre ère, le scriba Cnaeus Flavius, fils d'un affranchi, choqua les classes supérieures romaines en remportant l'élection comme édile curule pour l'année suivante[2].

Les premiers scribes en Chine

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La perception historique des chercheurs relative aux premiers scribes chinois, pour la période qui s’étend de la fin du Ve siècle avant l’ère commune (AEC) au début du Ier siècle de l’ère commune (EC), est qu'ils n'étaient que des bureaucrates de bas rang qui accomplissaient des tâches subalternes[5].

Le caractère chinois 史 (shi) désigne indifféremment les métiers de scribe, historien, commis, archiviste ou secrétaire. Il apparaît pour la première fois dans des inscriptions oraculaires en os datant de la fin de la période Shang (vers 1200–1045 AEC), où il peut être interprété comme faisant référence à une sorte d'envoyé. Il fait partie aussi du composé dashi 大史 (grand scribe), un terme qui désigne non seulement une personne accomplissant des tâches rituelles, mais nomme aussi un rituel spécifique.

Dans le Chunqiu 春秋, le terme 史 (shi) n'est jamais mentionné. Cependant, son commentaire principal, le Zuo Zhuan 左傳, lui décrit les tâches dévolues au scribe. Au-delà des fonctions rituelles initiales, les scribes conseillent désormais les souverains, consultent les os oraculaires et accèdent au rôle d'astronomes. Ils sont aussi représentés comme des rédacteurs chargés des documents juridiques (ordonnances, mandats ou testaments)[5].

L'enregistrement des affaires gouvernementales n'était donc qu'une partie des tâches confiées aux scribes. L'examen de la fonction de taishi ling 太史令 et des carrières de ses deux occupants les plus éminents, Sima Tan 司馬談 et Sima Qian (146 - 86 AEC), permet de souligner ce point. Lorsque Sima Tan et Sima Qian compilèrent le Shiji, ils ne faisaient que des travaux d'historien ; leurs principales tâches consistaient à fixer le calendrier annuel et à faire de la divination. Comme pour ces plus hautes fonctions, les preuves trouvées par la recherche archéologique contemporaine suggèrent que le scribe pré impérial tardif et du début de l'Empire chinois était un fonctionnaire, non seulement formé à l'écriture et aux calculs d'arithmétique de base, mais aussi tenu de connaître les pratiques divinatoires et un peu de médecine[5].

À l'aube de l'ère impériale, le pinceau était devenu l'outil du métier de scribe, c'est ce qu’indique le Liji ou Classique des rites: « les scribes portent les pinceaux et les lettrés portent les mots » 史載筆,士載言. Il permettait d’écrire sur des lamelles de bambou, principaux supports pour les documents en Chine avant l'introduction généralisée du papier au cours des deux premiers siècles de notre ère.

Les tlacuilo

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Une des images du Lienzo de Tlaxcala, codex colonial tlaxcaltèque, élaboré en 1552. Elle illustre les guerriers tlaxcaltèques qui mènent l'attaque avec leurs alliés espagnols contre les guerriers de la région d'« Apcolco ».

Les tlacuilo (« celui qui écrit par la peinture ») étaient les scribes aztèques qui ont consacré toute leur jeunesse à l’apprentissage de ce système d’écriture complexe qu’est le codex mésoaméricain (dessins et glyphes). On peut citer, à titre d'exemple, le codex colonial tlaxcaltèque Lienzo de Tlaxcala, élaboré en 1552 à la demande de la mairie de Tlaxcala. Il fut rédigé et peint sur du papier d'amate, en usage dans les cultures mésoaméricaines.

Scribes notables

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Personnages de scribes dans la littérature

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Notes et références

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  1. (en) Edmund G Gress, « The art & practice of typography: a manual of American printing including a brief history up to the twentieth century, with reproductions of the work of early masters of the craft, and a practical discussion and an extensive demonstration of the modern use of type-faces and methods of arrangement » Accès libre, sur archive.org, livre reproduit publié en 1917 (consulté le ), p. 10/336
  2. a et b (en) Benjamin Hartmann, The Scribes of Rome: A Cultural and Social History of the Scribae, Cambridge University Press, 2020, 252 p. (ISBN 9781108493963).
  3. (en) Cory MacPherson, Inventions in Reading and Writing: From Calligraphy to E-readers, Cavendish Square, , p. 22–23
  4. a et b Nicolas Laubry, « The scribes of Rome: a cultural and socialhistory of the Scribae » Accès libre, sur Bryn Mawr Classical Review (consulté le )
  5. a b et c (en) Armin Selbitschka 謝藏, « “I Write Therefore I Am” Scribes, Literacy, and Identity in Early China », Harvard Journal of Asiatic Studies,‎ (lire en ligne Accès libre)

Articles connexes

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