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Enfer du développement

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L'enfer du développement, aussi appelé limbes du développement, en anglais development hell, est un terme du jargon des médias et des logiciels désignant un projet, un concept ou une idée qui reste longtemps bloqué à un stade de développement préliminaire en raison de difficultés juridiques, techniques ou artistiques[1]. Une œuvre peut passer entre de nombreuses équipes de direction artistique, équipes techniques, scénaristes, moteurs de jeu ou studios.

Certains projets s'enfoncent dans l'enfer du développement car, initialement conçus avec des objectifs ambitieux, la difficulté à obtenir une version aboutie a été sous-estimée, et les tentatives pour y parvenir ont échoué à plusieurs reprises. Nombre de ces projets sont progressivement abandonnés par les parties prenantes et ne voient au final jamais le jour.

Le terme est également employé plus généralement pour décrire tout projet qui s'est retrouvé bloqué de manière inattendue lors de la phase initiale de planification ou de conception, qui n'a pas pu respecter la date de production initialement prévue et qui stagne à ces étapes pendant une durée jugée excessive. Les expressions apparentées « enfer de production » et « limbes de production » désignent des situations où le tournage d'un film a commencé mais est resté inachevé pendant une longue période sans arriver en postproduction.

Le concepteur artistique et illustrateur Sylvain Despretz a suggéré que « l'enfer du développement n’arrive pas avec des réalisateurs inconnus. Cela n’arrive qu’avec des réalisateurs célèbres avec lesquels un studio n’ose pas se séparer. Et c’est comme ça qu’on se retrouve pendant deux ans à mettre du beurre dans les épinards… jusqu’à ce que, finalement, quelqu’un s’en aille, au prix de grands sacrifices[2] ».

Dans le domaine du jeu vidéo, la lenteur du développement et le manque de fonds peuvent inciter les développeurs à concentrer leurs ressources sur d'autres projets. Il arrive parfois que certaines parties d'un jeu, une fois terminées, ne répondent pas aux attentes, les développeurs choisissant alors d'abandonner le projet plutôt que de le recommencer. L'échec commercial d'un jeu sorti peut également entraîner le report ou l'annulation de toute suite envisagée[2].

Les sociétés de production cinématographique achètent les droits d'adaptation de nombreux romans, jeux vidéo et bandes dessinées populaires, mais mettent souvent des années à les porter à l'écran, après en avoir considérablement modifié l'intrigue, les personnages et l'atmosphère générale. Lorsque cette préproduction s'éternise, un projet est souvent abandonné ou annulé. Hollywood lance dix fois plus de projets qu'il n'en sort en salles[2]. Moins de 2% des livres dont les droits sont acquis sont adaptés au cinéma[3].

Comme l'a souligné David Hughes, auteur de l'ouvrage Tales from Development Hell (2003), l'une des raisons des retards de production est que, une fois que les producteurs, réalisateurs et acteurs sont engagés sur un projet, ceux-ci peuvent demander des réécritures du scénario[2]. Une autre cause de retard vient des divergences d'interprétation ou de vision qui peuvent apparaître au sein du projet[2]. Par exemple, le réalisateur et les dirigeants du studio peuvent avoir des visions différentes concernant le casting, l'intrigue ou le budget du film. Des retards de développement peuvent également survenir lorsqu'un acteur principal ou un membre clé de l'équipe de production se retire du projet, tombe malade voire décède[4] ; en cas de grèves impliquant les scénaristes, les réalisateurs, l'équipe technique ou les acteurs[4] ; en cas de litiges relatifs aux droits de propriété intellectuelle ou aux clauses contractuelles[4] ; en cas de renouvellement de la direction du studio et de vision différente apportée par les nouveaux dirigeants. ou lorsque, en raison de changements dans le contexte économique, culturel ou politique plus large, le sujet du film n'est plus considéré comme commercialisable ou rentable[5].

On parle plutôt d'enfer de production pour une situation dans laquelle une œuvre est entré en production mais est resté dans cette phase pendant longtemps sans progresser vers la post-production[2].

Si un film est en développement mais ne reçoit jamais les fonds de production nécessaires, un autre studio peut conclure un accord de reprise et le produire avec succès. Par exemple, Columbia Pictures a arrêté la production d' E.T. l'extraterrestre (1982), puis Universal Pictures a ensuite repris le film et en a fait un succès. Lorsqu'un studio abandonne complètement un projet de film, les coûts sont comptabilisés dans ses frais généraux, réduisant ainsi son revenu imposable[2].

Les séries télévisées peuvent connaître des périodes de développement interminables entre les saisons, entraînant un long délai entre deux saisons. Le scénariste Ken Aguado affirme que « les périodes de développement interminables sont rares dans les séries télévisées », car les scénaristes « n’ont généralement que quelques occasions de réaliser un pilote, et si celui-ci n’est pas concluant, le projet est rapidement abandonné »[2].

Jeux vidéo

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Le développement de jeux vidéo peut être bloqué pendant des années, voire plus d'une décennie, souvent en raison du transfert d'un projet vers différents studios de production, de la création et de l'abandon de multiples versions du jeu, ou de difficultés liées au développement du logiciel lui-même, telles que la perte de financement, des ambitions démesurées et une mauvaise gestion du temps de développement[2]. Dans le secteur informatique, le terme « vaporware » désigne un produit, généralement du matériel ou un logiciel, annoncé au grand public mais dont la production est retardée, qui n'est jamais réalisée et qui n'est pas officiellement annulé.

Plusieurs séries audio populaires sont consacrées à la discussion du sujet des projets créatifs non réalisés, notamment Development Hell, un podcast de Dread Central qui révèle des films d'horreur annulés notables[2].

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Development hell » (voir la liste des auteurs).
  1. Barbara Freedman Doyle, Make Your Movie: What You Need to Know About the Business and Politics of Filmmaking, Waltham, Massachusetts, Focal Press, (ISBN 978-0-240-82155-9, lire en ligne [archive du ]), p. 55
  2. a b c d e f g h i et j [vidéo][Documentary] « The Death of Superman Lives: What Happened? », à 1:27:52,
  3. Danuta Kean, « No room at the Oscars: The cinemas are full of turkeys yet that brilliant novel you read three years ago has never been made into a film. », The Independent on Sunday,‎ , p. 1
  4. a b et c « How Long Does It Take To Make A Movie? Everything You Need To Know », National Film Institute, (consulté le )
  5. Jensen et Svetkey, « Hollywood reacts to the crisis », Entertainment Weekly,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )