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Cyborg

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Humani Victus Instrumenta: Ars Coquinaria. Artiste italien inconnu, gravure sur cuivre (1569).

Un cyborg (de l'anglais « cybernetic organism », traduisible par « organisme cybernétique ») est un être humain — ou à la rigueur un autre être vivant intelligent, en science-fiction — qui a reçu des greffes de parties mécaniques ou électroniques.

Le terme s'emploie surtout en science-fiction ou en futurologie ; aujourd'hui, utiliser le terme, notamment pour des personnes ayant reçu des prothèses, peut être perçu comme de mauvais goût par les intéressés[1].

Étymologie et utilisation du terme

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« Cyborg » est un mot d'origine anglaise, contraction de « cybernetic organism » (organisme cybernétique).

Le terme « cyborg » a été popularisé par Manfred Clynes (en) et Nathan S. Kline en 1960 lorsqu'ils se référaient au concept d'un humain « amélioré » qui pourrait survivre dans des environnements extraterrestres. Ce concept est le résultat d'une réflexion sur la nécessité d'une relation intime entre l'humain et la machine, à l'heure des débuts de l'exploration spatiale[2].

Le mot « cyborg » est devenu d'emploi courant. Cependant, son sens a largement dévié depuis. Dans le film Terminator, il est employé pour désigner un robot, non seulement à l'apparence humaine, mais dont l'enveloppe extérieure est faite de tissus organiques de synthèse (à l'origine faite pour soigner les blessures humaines). Depuis, il est devenu un abus de langage fréquent d'utiliser « cyborg » au lieu de « robot humanoïde ».

Principe et origine

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La cybernétique étant l'étude exclusive des échanges, un organisme pourrait être qualifié de cybernétique dès lors qu'il effectue un échange efficace pour une tâche donnée, mais le terme cyborg sous-entend en plus qu'il ne s'agit pas (uniquement) d'un organisme naturel.

La cybernétique est un principe scientifique formalisé par Norbert Wiener en 1948. En 1950, il utilise lui-même la métaphore d'un robot communiquant comme un humain pour dissocier le principe d'échange efficace des éléments communicants[3]. La même année, Isaac Asimov publie I, Robot et pose les principes de base de l'échange évolué robot/humain en science-fiction ; il n'est alors pas question de mélange au sein d'un même organisme.

La « cyborgologie » est maintenant un domaine enseigné dans de nombreuses universités. En 1964, l'université de Melbourne a attribué à Manfred Clynes le diplôme de « D.Sc » (docteur en science[4]).

La notion ajoute donc une charge émotive, déviant sensiblement du sens initial d'échange pour aller vers celui plus inquiétant de substitution (où la machine envahit l'humain plus qu'elle n'échange avec lui).

Représentation

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Le cyborg est la fusion de l'être organique et de la machine. Tout d'abord créature de science-fiction, le cyborg serait, selon certains, d'ores et déjà une réalité[5]. Une personne ayant un stimulateur cardiaque ou une hanche artificielle, par exemple, peut déjà correspondre à cette définition[5]. On peut également qualifier de cyborg quelqu'un qui a une puce électronique cérébrale[5], également nommée :

  • Brain Chip, « Puce cérébrale » en français.
  • Brain implant, « Implant cérébral » en français.
  • « Pacemaker cérébral », terme plus spécifique employé pour désigner des puces à fonction médicale soignante.

Ces puces électroniques cérébrales sont capables de surveiller et contrôler différentes fonctions du corps humain, en agissant tant sur la motricité que sur les émotions et l'humeur. Le médecin José Delgado, ancien chercheur à l'université Yale, fut un des principaux précurseurs dans la conception de cyborgs. Dans les années 1950 et 1960, il fit des essais sur des animaux et des humains, à qui il implanta des puces électroniques cérébrales contrôlées à distance. En 1966, Delgado affirma que ses travaux « amènent à la conclusion déplaisante que les mouvements, les émotions, et l'humeur, peuvent être contrôlés par des signaux électriques et que les humains peuvent être contrôlés comme des robots en appuyant sur des boutons »[6]. Ses travaux eurent une portée internationale et lui valurent un article dans le New York Times.

Le cyborg en philosophie

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La philosophe et biologiste américaine Donna Haraway a proposé une réflexion sur le monde contemporain en s'inspirant du concept de cyborg. Dans son Manifeste Cyborg[7], elle propose une épistémologie située[8],[9] (central dans le féminisme matérialiste anglo-saxon[10]) en s'appuyant sur la figure du cyborg qui défait les frontières entre fictions sociales et récits sociaux. Ce cyborg est le sujet d'un féminisme qui « blasphème des frontières »[7], remettant en question la femme comme sujet du féminisme[9]. En effet, Teresa de Lauretis décrit une « rupture constitutive du sujet du féminisme »[11] due au fait que le sujet du féminisme serait le cyborg d'Haraway, et non « LA femme »[8], construction sociale fragilisée par ce dépassement des frontières.

Cette rupture entraîne un déplacement d'un savoir féministe hégémonique hétérocolonial et universitaire[9] vers une multiplicité de savoirs situés partant, selon Paul B. Preciado, des frontières, des marges que sont par exemple les féminismes noir, chicano, lesbien et trans, ou les travailleuses du sexe[9]. Toujours selon Preciado, la connaissance située soutenue par Haraway n'est pas un dépassement de la tension entre constructivisme (Bruno Latour) et empirisme féministe (Sandra Harding), mais leur contamination mutuelle, par un « savoir-vampire ». Il cite ainsi des « figures liminaires » similaires au cyborg : virus et FemaleMan d'Haraway, sujet nomade de Rosi Braidotti, drag de Judith Butler, entre autres. Chez Preciado, cette figure est le vampire[9].

Selon Haraway, le cyborg est autant une utopie qui produit la connaissance située, qu'une réalité que chaque être humain est déjà :

« Nous sommes des chimères, des hybrides, des cyborgs, image condensée de l'imagination et de la réalité[7]. »

Dans la culture populaire

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Quelques livres

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Quelques films

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  • Mondwest, film de Michael Crichton, 1973 ; puis sa suite Les Rescapés du futur (Futureworld, 1976)
  • Le général Grievous, Dark Vador, Luke Skywalker et Lobot dans la saga Star Wars
  • Terminator (l'utilisation du terme y est contestée, voir plus haut) (1984)
  • Atomic Cyborg, film de série B (1986)
  • RoboCop, est un film américain de science-fiction sorti en 1987, mettant en scène un policier cyborg. Le cyborg symbolise la fusion entre l'homme et la machine, représentée par un policier qui, après avoir été assassiné, est ressuscité sous la forme d'un cyborg. Le policier cyborg symbolise la lutte pour sa propre identité dans un monde postmoderne où la technologie transforme profondément l'homme et où les frontières entre l'homme et la machine s'estompent de plus en plus.
  • Ghost in the Shell : manga, anime et film réel dans lequel les personnages principaux, mais aussi de nombreux autres personnages, sont des cyborgs, ce qui s'étend en partie à leur cerveau (cybercerveau). Enveloppées dans une biocapsule (appelée « shell »), chaque cyborg contient des cellules cérébrales humaines avec son esprit (ghost), son identité et sa personnalité.
  • L'Homme qui valait trois milliards (titre original : The Six Million Dollar Man) est une série télévisée américaine basée sur le roman Cyborg de Martin Caidin. Un astronaute et pilote d'essai est grièvement blessé dans un accident d'avion avec un Lifting Body Northrop M2-F2 expérimental. Seule une opération chirurgicale coûtant six millions de dollars lui permet de survivre. Un œil, un bras et les deux jambes sont remplacés par des prothèses bioniques (cybernétiques). Grâce à cette opération, il devient un cyborg doté d'une force extraordinaire.

Liste de cyborgs, robots, androïdes et Intelligences artificielle dans la fiction

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Cosplay du super-héros Cyborg.
  • Les Daleks, dans la série télévisée Dr Who, sont une espèce de cyborgs composés d'organismes biologiques génétiquement modifiés qui vivent dans une enveloppe mécanique. Cette enveloppe est équipée d'armes, d'outils et de capteurs et sert à maintenir les organismes en vie, car ceux-ci ne peuvent survivre en dehors de la machine. Les Daleks sont agressifs et belliqueux, car la haine est leur seule émotion.
Dalek de Doctor Who
  • Dans l'univers Star Trek, les Borgs sont une civilisation cybernétiquement avancée et un collectif cyborg unique doté d'une conscience. Il s'agit d'un collectif cyborg composé d'anciens êtres vivants organiques qui ont été transformés en cyborgs grâce à des implants technologiques. Ces drones font partie d'une conscience collective, appelée le collectif Borg, qui est représentée par la reine Borg. Les Borgs sont une espèce qui se caractérise par l'assimilation ciblée d'autres espèces et l'appropriation de leurs technologies. Leur objectif ultime est d'atteindre la « perfection ». Dans le cadre de ce processus, les individus deviennent des « drones » qui n'ont plus d'individualité propre, mais font partie du collectif.

Quelques séries télévisées

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Quelques vidéoclips

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Quelques bandes dessinées et films d'animation

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Quelques jeux vidéo

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  • Dans l'univers Tibérium de la série de jeux vidéo Command & Conquer, des cyborgs sont utilisés par la Confrérie du Nod dès les environs de 2030. Ils ne seront plus utilisés ensuite, et ce jusqu'en 2057 et l'achèvement du programme Marqués de Kane.
  • L'univers de Mortal Kombat comporte des cyborgs, comme Cyrax (MK9 et MKx), Kano, Sektor (MK9 et MKx), Jax, Cyber Smoke (MKx) et cyber Sub Zero (MK9 et MKx).
  • La série de jeux vidéo Tekken compte parmi ses personnages Bryan Fury, un homme qui a remplacé ses os par du flexacier à la suite d'une fusillade, puis d'un combat.
  • Ishi Sato, l’un des personnages principaux du jeu Bulletstorm, devient un cyborg.
  • Dans la série des Deus Ex, JC Denton et Alex D, les personnages principaux des premier et second épisode, sont des cyborgs que l'on pourrait qualifier comme étant de deuxième génération, car ayant été les premiers à être modifiés nano-technologiquement, par opposition à ceux de la première, sur qui furent implantées chirurgicalement des modifications mécaniques dites classiques. Adam Jensen, héros de Deus Ex: Human Revolution, le troisième opus, est quant à lui vraisemblablement un cyborg de première génération, son aventure débutant une vingtaine d’années avant celles relatées dans le premier épisode.
  • Le jeu Project Snowblind de Crystal Dynamics a pour héros Nathan Frost, un soldat qui grièvement blessé au combat, se fait remettre en état à l'aide d'une nanotechnologie expérimentale le transformant en cyborg.
  • Les Bionic Commando de CAPCOM présentent toujours un héros munis d'un bras bionique faisant de lui un cyborg.
  • Raiden de Metal Gear Solid devient un cyborg avancé, mais comme la plupart des soldats, y compris Solid Snake, intègrent dans leurs organisme un système complexe de nano-machines, on peut dire qu'il ne fait pas vraiment exception.
  • Dans DC Universe Online, le joueur peut choisir d'être un cyborg, mais il existe un personnage de DC Comics, dans Teen Titans, nommé Cyborg.
  • Dans Mass Effect 2, Shepard est ressuscité(e) via le Programme Lazare et possède depuis lors de nombreuses prothèses et implants cybernétiques bien qu'elle n'ont uniquement qu'un but « reconstructif » et n'apporte pas d'augmentation de capacité physique ou mentale
  • Dans Far Cry 3: Blood Dragon, la Terre est peuplée de cyborgs à la suite d'une guerre nucléaire.
  • Dans Warhammer 40000, les Dreadnoughts sont des machines de guerre conduites de l'intérieur par un soldat gravement mutilé, ce qui en fait une sorte de cyborg à la robotisation très poussée.
  • Dans Cyberpunk 2077, le personnage d'Adam Smasher s'est installé de nombreux implants cybernétiques au point que la seule partie organique qui lui reste soit son cerveau et faisant de lui un mercenaire brutal et mortel.
  • Dans l'univers Metroid, il existe plusieurs cyborgs : Ghor, un personnage sympathique apparu dans Metroid Prime 3 qui finit par être contrôlé par l'antagoniste, Weavel, un ancien pirate de l'espace laissé pour mort par Samus Aran, ainsi que Meta Ridley, l'ennemi juré de Samus ramené à la vie par la technologie pirate. Ceux-ci sont connus pour leurs expérimentations sur des êtres vivants et sur les membres de leur propre espèce. Certains pirates ont d'ailleurs vu leurs capacités augmenter grâce à des implants mécaniques et électroniques.

Dans la musique

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Le 1er décembre 2016, un an après la réédition de son album Feu, Nekfeu est sur la scène de l'AccorHotels Arena (Bercy) de Paris pour clore sa tournée Feu Tour ; lors de ce concert il annonce la sortie d'un nouvel album, Cyborg.

Jeu de construction

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Les personnages de Kopaka, Nuju, Pohatu (sa version redémarrée) et Nilkuu dans la franchise Lego Bionicle.

Notes et références

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  1. Sur newscientist.com.
  2. Juliette Rennes (dir.), Encyclopédie critique du genre : corps, sexualité, rapports sociaux, Paris, La Découverte, dl 2016, cop. 2016, 740 p. (ISBN 978-2-7071-9048-2, OCLC 962555730), p. 193-203.
  3. Dans son livre Cybernétique et société censé vulgariser le premier la cybernétique.
  4. Diplôme supérieur au Ph. D., et rarement donné par des universités britanniques.
  5. a b et c D. de Gramont, Le Christianisme est un transhumanisme : Et si Jésus-Christ était le cyborg ultime?, Paris, Les éditions du cerf, , 365 p. (ISBN 978-2-204-11217-8), chap. 1 (« A la recherche du transhumain »)
  6. (en) Kreech, David, Controlling the Mind Controllers, .
  7. a b et c Donna Haraway, Manifeste Cyborg et autres essais, Exils, coll. « Exils »,
  8. a et b Espineira, Karine, 1967-, Alessandrin, Arnaud et Thomas, Maud-Yeuse, La transyclopédie : tout savoir sur les transidentités, Paris, Éd. des Ailes sur un tracteur, 336 p. (ISBN 978-1-291-10322-9, OCLC 892334386).
  9. a b c d et e Beatriz Preciado, « Savoirs_Vampires@War », Multitudes, vol. no 20, no 1,‎ , p. 147–147 (ISSN 0292-0107, DOI 10.3917/mult.020.0147, lire en ligne, consulté le ).
  10. Elsa Dorlin, « Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste », La Revue Internationale des Livres et des Idées, vol. 24,‎ .
  11. (en) Teresa De Lauretis, Alice Doesn’t. Feminism, Semiotics, Cinema., Indiana, Bloomington, .

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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